Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Afrique et Europe: partenariats pour un développement agricole



Une révolution verte en Afrique,
Par les experts du “panel Montpellier”

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L’agriculture doit être au cœur d’une stratégie de développement économique des Etats d’Afrique sub-saharienne.

C’est ce que préconise un groupe de 11 chercheurs européens et africains dans un rapport publié par l’Imperial College de Londres, le 26 octobre, et intitulé « Afrique et Europe : partenariats pour un développement agricole »2.

Cette étude, qui dresse un état des lieux de la coopération entre l’Europe et l’Afrique dans le secteur de l’agriculture, rappelle surtout que cette région est composée à 75% de ruraux, où les petits paysans représentent 80% de la population active et le secteur agricole près de la moitié du PNB.

Aussi, l’agriculture est un réel facteur de croissance économique globale, car une hausse du revenu des petits agriculteurs, accroît d’autant la demande de consommation dans tous les secteurs de l’économie.

Nous vous recommandons la lecture de ce rapport, dont vous trouverez ci-dessous la première partie consacrée à la « Révolution verte africaine ».

La rédaction de momagri




Au cours des deux dernières décennies, on a donné trop d’importance aux mesures à court terme destinées à l'aide alimentaire humanitaire au lieu de surmonter les obstacles au développement agricole. Une conséquence est que les rendements moyens de céréales en Afrique restent à peine supérieure à plus de 1 tonne par hectare.

Deux tiers de la population de l'Afrique sub-saharienne est rurale et dans certains pays approximativement 33 millions de petites exploitations (de moins de 2 ha) représentent 80% de toutes les exploitations et fournissent jusqu’à 90% de la production agricole. Bien que la migration urbaine progresse rapidement, on estime que d'ici 2030 à peu près 52% de la population sera encore rurale. Même si certaines grandes exploitations seront acquises par le Moyen-Orient et les investisseurs asiatiques, puis exploitées à une échelle industrielle sur le modèle brésilien, pendant un certain temps le développement agricole continuera à dépendre des petits exploitants agricoles.
Cependant, c’est avec un optimisme croissant que l’on s’attend à ce que l’agriculture de l'Afrique sub-saharienne réussisse sa très attendue Révolution Verte.

La sécurité alimentaire est une étape clé indispensable pour qu’aboutisse le processus de développement. Très peu de pays ont connu une croissance économique rapide qui n’ait été précédée ou accompagnée par le développement de leur agriculture. Ce n'est pas lié au fait que l’agriculture ait une capacité de croissance très rapide mais c’est plutôt lié à son importance. En Afrique sub-saharienne, le secteur agricole représente plus de 80% de la population active et 50% du PNB. L’expérience a montré que même une croissance modeste a un effet multiplicateur considérable, augmentant les revenus ruraux qui à leur tour dopent la demande des consommateurs et génère, enfin, de la croissance dans les secteurs non agricoles. L'expérience de l'Asie montre que 1% d'accélération de la croissance agricole génère une accélération de 1,5% de la croissance non agricole.

Une augmentation du PNB global issue de la productivité du travail agricole est en moyenne 2,9 fois plus efficace pour augmenter les revenus des 20% les plus pauvres des populations des pays en développement... qu’une augmentation équivalente du PNB issue de la productivité du travail non agricole. En effet il y a un cercle vertueux qui repose sur le développement agricole.

En plus de ces avantages, une croissance agricole forte peut stimuler le commerce mondial, offrant des avantages significatifs pour tous les pays, développés et en développement.
Quand les pays en développement prospèrent, ils importent plus – En 1995, on a estimé qu’une hausse de 1$ de la croissance agricole conduisait à une augmentation de 0,73$ sur la valeur de leurs importations. Cela signifie également une plus grande prospérité pour les pays développés.
Comment pouvons-nous atteindre ce cercle vertueux ? Certains ont soutenu que ce dont nous avons besoin c’est d’une reprise de la Révolution Verte - une recherche de nouvelles technologies, comme celles des variétés de céréales semi-naines qui offrira un saut quantique des rendements et de la production. Pour diverses raisons, cela ne sera probablement pas une stratégie efficace.

Les environnements propices à la culture de ces variétés de la Révolution Verte sont déjà pleinement exploités. Aujourd'hui, les pauvres et les affamés vivent dans des circonstances très différentes. Le défi d’aujourd'hui, en Afrique sub-saharienne, est de développer des interventions qui satisferont les besoins des petits agriculteurs qui vivent dans des environnements à risque, plus divers et plus démunis.

Les technologies de la première Révolution Verte ont été développées dans des stations expérimentales aux sols fertiles, aux sources en eau bien contrôlées et bénéficiant d'autres facteurs propices à une production élevée. Il y avait peu de perception de la complexité et de la diversité des environnements physiques des agriculteurs et de leurs systèmes agricoles, sans parler de la diversité des environnements économiques et sociaux.

En revanche, l'Afrique sub-saharienne a besoin d'une série d'interventions adaptées aux conditions locales, ciblées sur des besoins spécifiques. Il faudra une combinaison de technologies appropriées et des investissements économiques, sociaux et institutionnels, impliquant à la fois le secteur public et le secteur privé. Des exemples de réussites récentes incluent :
    - La production de manioc en Afrique de l'Ouest. 40% de la production mondiale provient de l'Afrique et dernièrement le Nigeria a dépassé le Brésil en tant que premier producteur au monde. Aujourd'hui, le manioc constitue la deuxième source la plus importante de calories en Afrique; un tiers de tous les Africains consomment du manioc comme aliment de base.

    - L'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) a financé 60 programmes de culture; a introduit 125 nouvelles variétés de cultures sur le terrain, a apporté le capital au démarrage de 35 entreprises semencières africaines (qui collectivement ont produit environ 15,000 tonnes de semences certifiées), et a enrôlé 9 200 agro-commerçants qui ont fourni des petits agriculteurs avec 45 millions de dollars de semences et intrants agricoles.

    - Les Nouveaux riz pour l'Afrique (NERICA) sont en train de transformer l’Afrique de l'Ouest en privilégiant 20 millions d’agriculteurs, essentiellement des femmes et en contribuant à réduire les coûts élevés de l'importation de riz. Le riz contribue maintenant à fournir plus de calories et de protéines que toute autre céréale dans les régions humides de l’Afrique de l'Ouest, et un apport similaire à celui de toutes les racines et tubercules réunies.
Ces succès, ainsi que d’autres, à travers le continent reflètent un engagement nouveau et croissant des dirigeants africains pour le développement agricole et la lutte contre la faim.
Les membres de l'Union africaine se sont engagés à Maputo, en 2003, à augmenter les ressources dédiées à l'agriculture et au développement rural de manière à ce qu’elles représentent 10% au moins des budgets nationaux en moins de 5 ans.
Lors du sommet, les dirigeants ont également adopté le Programme détaillé du développement de l'agriculture africaine (PDDAA) comme cadre pour accélérer le développement agricole et la sécurité alimentaire sur le continent. Après un démarrage lent, l'année dernière, il y a eu des progrès significatifs sur la mise en œuvre nationale du PDDAA avec 22 gouvernements nationaux ayant signé des accords pour des programmes et des investissements agricoles spécifiques.

Il y a eu d'importants progrès économiques en Afrique ces dernières années. En Afrique sub-saharienne la croissance annuelle moyenne du PNB a été de plus de 5% pour la période 2000-2008, et de plus de 3% dans l'agriculture. Ces moyennes masquent des écarts importants (du Nigeria à 7% de croissance agricole au Zimbabwe à moins de 8,5%).
Néanmoins, la combinaison d’une croissance agricole et de prix agricoles supérieurs créée des opportunités sur les marchés nationaux, régionaux et internationaux, en particulier là où il y a le soutien de gouvernements stables.
Un récent rapport de McKinsey suggère que si l'Afrique pouvait accroître le rendement de ses principales cultures, il pourrait augmenter la valeur de sa production agricole de 235 milliards de dollars au cours des deux prochaines décennies. En plus de cela, si l'Afrique transforme une partie de sa culture en cultures plus rentables comme celles des fruits et légumes, il bénéficierait d'un montant supplémentaire de 140 milliards de dollars par an d'ici 2030.
En résumé, nous sommes dans «une période d'optimisme quant aux perspectives de l'Afrique et de l'agriculture africaine ».

1 Sir Gordon Conway, Tom Arnold, Henri Carsalade, Louise Fresco, Peter Hazell, Namanga Ngongi, Prabhu Pingali, Joachim von Braun, Lindiwe Majele Sibanda, Ramadjita Tabo, David Radcliffe.
2 http://workspace.imperial.ac.uk/africanagriculturaldevelopment/Public/Final%20Panel%20Report.pdf
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Paris, le dimanche 19 mai 2013