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Oléagineux : les prix actuels modifient les assolements
Frédéric Hénin, rédacteur en chef de Terre-net
Article paru dans Terre-net Magazine
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La rigueur de l’hiver et le déficit hydrique limitent significativement le potentiel de production de colza en Europe : début avril, Oda1 estimait la récolte européenne à 19 Mt pour 2012. Aux Etats-Unis, les farmers privilégieraient la culture de soja au détriment de celle du maïs et au Canada, le canola serait préféré au blé de printemps.
La production de soja, inférieure de 17 Mt aux 135 Mt attendues à la fin de l’hiver en Argentine, au Brésil, en Uruguay et au Paraguay, modifie pour de longs mois la donne sur les marchés des oléagineux et, par ricochet, sur ceux des céréales.
Et, comme depuis la fin de l’hiver, ces mêmes marchés ne comptent plus sur l’Europe pour combler le déficit en protéines végétales, tous les regards sont dorénavant tournés vers les USA et le Canada. A l’automne prochain, ils le seront aussi vers l’Australie.
Début avril, Oda n’estimait qu’à 19 Mt la récolte européenne de graines pour cet été, si aucun nouvel incident climatique ne survient d’ici là.
Plus grave que l’an passé
Les prévisions d’Oda portent, en France, sur 5,2 Mt et, en Pologne, sur 1,5 Mt. La campagne 2012/2013 s’achèverait ainsi, dans l’Union européenne, avec un stock de report réduit à 1 Mt.
La situation est plus grave que l’an passé. La rigueur de l’hiver et le manque d’eau actuel, alors que nous ne sommes qu’au printemps, ramènent le potentiel de production de la France au niveau de la récolte de juillet 2011, affectée par la sécheresse deux-trois mois auparavant ! Autrement dit, toute aggravation du déficit hydrique conduira immanquablement à revoir à la baisse l’ensemble de ces estimations, aussi bien à l’échelon national qu’européen.
Même scénario en Asutralie
Les marchés ont récemment intégré ce paramètre, puisque les cours du colza et du soja continuent de progresser à un rythme effrené.
Avec le retour de températures plus clémentes aux Etats-Unis et au Canada, les agriculteurs pourraient être tentés de revoir leurs assolements. Les farmers américains privilégieraient la culture du soja au détriment de celle du maïs. Et dans les états où le blé est récolté précocément, cette légumineuse pourrait même être implantée après la céréale.
En effet, le ratio « prix maïs / prix soja », égal à 2,6 (soit supérieur à son niveau pivot de 2,4), incite les agriculteurs américains à favoriser le maïs par rapport au soja. Or, la campagne actuelle finit avec des stocks de maïs tendus et une demande croissante de la Chine pour nourrir ses élevages en plein essor.
Au Canada, le canola sera probablement préféré au blé de printemps puisque la tonne de blé frôle les 500 €. Le scénario serait le même en Australie à l’automne prochain, car la pénurie de soja de 2011/2012 sera vraisemblablement encore d’actualité ! Le recul du blé pourrait même être accentué par l’augmentation des cours de la viande de mouton, qui rend l’élevage ovin plus intéressant.
Dans ces conditions, l’Europe pourrait rencontrer des difficultés pour importer, durant la prochaine campagne, les 3,4 Mt de colza nécessaires pour couvrir ses besoins, seuls l’Ukraine et l’Asutralie produisant des graines non-Ogm d’emblée très convoitées.
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