Lors du Sommet du G20 agricole au mois de juin dernier, la volatilité des prix agricoles a été présentée comme l’une des causes principales de l’insécurité alimentaire. Comme le souligne une note récente du Centre d’Analyse Stratégique
1, cette volatilité est d’ordre structurelle et elle s’est peu à peu transmise aux marchés domestiques, du fait du processus de libéralisation engagé dans les années 1980 et du démantèlement, notamment en Europe, des politiques agricoles de soutien par les prix. Nous vous recommandons la lecture de cette note qui souligne que « c’est avant tout l’imprévisibilité des cours qui enraye le développement du secteur agricole, et plus largement le développement économique ». Elle a le mérite de présenter les différents types de mesures qui pourraient être mises en place pour y faire face. Elle souligne aussi que si des mesures de court terme, telle la mise en place de filets de sécurité, sont indispensables pour protéger les populations les plus vulnérables, seules des politiques agricoles visant le développement à long terme de l’agriculture et une coordination plus étroite des institutions internationales pourront limiter de façon durable et efficace la volatilité des cours.
La rédaction de momagri
S’il existe différentes manières de caractériser la volatilité, nous retiendrons la définition suivante : la volatilité correspond à des variations de prix brusques et de forte amplitude. Cette caractérisation nous permet de pointer du doigt le problème majeur rencontré par les acteurs, qu’ils soient gouvernements, négociants, agriculteurs ou consommateurs, à savoir l’instabilité des revenus et le risque important encouru par ces mêmes acteurs.
La crise de 2007-2008 ne peut être considérée comme un épisode isolé, emblème d’une instabilité nouvelle des marchés : la volatilité des prix agricoles observée dans les années 1970 n’a rien à envier à celle de la fin des années 2000.
A l’échelle des pays, il en va néanmoins différemment : les fluctuations du prix sur les marchés mondiaux se transmettent aux marchés domestiques avec une rapidité et une amplitude plus ou moins fortes selon, notamment, les politiques commerciales appliquées aux frontières (tarif douanier, barrières à l’importation). Le processus de libéralisation engagé depuis les années 1980 a contribué à la transmission de la volatilité des prix du marché mondial aux marchés locaux. L’ouverture progressive des frontières s’est évidemment accompagnée d’un démantèlement des politiques agricoles de soutien par les prix, notamment en Europe, qui a eu pour conséquence d’exposer davantage les agriculteurs aux mouvements erratiques des prix. Ainsi la réforme de la Politique agricole commune de 1992 a progressivement diminué le niveau des prix garantis. Les marchés agricoles ont toujours connu des prix instables, mais les producteurs et les consommateurs en étaient préservés par les politiques publiques. Si aujourd’hui les prix ne sont pas beaucoup plus instables qu’ils ne l’étaient dans la deuxième moitié du XXe siècle, la libéralisation et la suppression des politiques de soutien qui l’accompagnent ont changé la perception du phénomène, puisque consommateurs comme producteurs se retrouvent davantage soumis aux aléas des prix et que les quantités en jeu sont de plus en plus importantes.
L’envolée des cours mondiaux de 2007-2008 a certes eu des répercussions sur le prix du panier de biens moyen des consommateurs des pays industrialisés. Néanmoins, leur niveau de revenu leur permet de mieux supporter cette hausse, au vu de la faible part des biens alimentaires dans leur budget. Les conséquences sont bien plus dramatiques dans les pays les plus pauvres, où les ménages consacrent près de 50 % de leur budget à l’alimentation. […]
D’aucuns pourraient arguer que parallèlement les agriculteurs ont pu profiter de la hausse des prix de 2007- 2008 pour augmenter leur revenu. Ce raisonnement ne vaut malheureusement pas pour tous les pays. Si une hausse des prix bénéficie aux exploitants des pays industrialisés, elle n’a pas le même effet dans les pays en développement où les agriculteurs sont peu intégrés au marché (manque d’infrastructures de transport et de communication).
Bien plus que la hausse des prix, c’est avant tout l’imprévisibilité des cours qui enraye le développement du secteur agricole, et plus largement le développement économique. En effet, la plupart des pays les plus pauvres dépendent des importations et exportations de produits agricoles : les recettes sont donc presque aussi erratiques que les prix, ce qui constitue un frein important à la croissance.
La nature instable des cours de matières premières rend le risque encouru par les agriculteurs très important, ce qui explique le manque d’investissement dans le secteur agricole des pays en développement, et ce d’autant plus que peu ont accès au crédit (pour agrandir leur exploitation ou acheter les intrants nécessaires à l’augmentation des rendements) ou aux marchés financiers susceptibles de couvrir les risques liés à la volatilité des prix. […] La volatilité est donc aujourd’hui un problème prioritaire dans le débat public, d’autant plus que les pressions sur l’offre et la demande dans le futur seront encore plus fortes.
Pour réduire la volatilité des cours mondiaux, il faut avant tout une vision renouvelée du secteur agricole
Le secteur agricole a jusqu’à maintenant été considéré comme le parent pauvre du développement. Cette vision a fait son temps : le rapport annuel 2008 de la Banque mondiale, intitulé “Agriculture for Development”, donne une place nouvelle à l’agriculture. Ce changement d’orientation des institutions de Bretton Woods (Banque mondiale, Fonds monétaire international) donne un nouveau souffle aux stratégies de développement des pays les plus pauvres. Toutefois, il tarde à prendre corps sur le terrain. L’agriculture est encore loin d’attirer les capitaux, les aides, ou les investisseurs, notamment en Afrique sub-saharienne où la production évolue peu. […]
La volatilite´ des prix pourrait s’intensifier a` l’avenir et se reproduire plus fre´quemment compte tenu des tensions futures que l’on pourra retrouver sur les marche´s. Seule une augmentation de l’offre pourra re´soudre ce proble`me, ce qui suppose des investissements importants dans le secteur agricole, en particulier en Afrique sub-saharienne qui a accumule´ un retard conside´rable en la matie`re.
Si les cours mondiaux sont une chose, les prix domestiques en sont une autre : les pays les plus vulne´rables doivent pouvoir se pre´munir d’une hausse trop importante des prix par la constitution de zones re´gionales. Mais cela ne doit pas les de´douaner de construire des politiques agricoles pro^nant le de´veloppement des cultures vivrie`res et l’augmentation de la productivite´.
Si les politiques agricoles et une coordination internationale accrue pourront limiter en partie la volatilite´, des politiques a posteriori sont indispensables pour pre´venir les conséquences parfois dramatiques de l’e´volution erratique : les filets de se´curite´, politiques de court terme, ne doivent pas e^tre ne´glige´s. Mais gardons a` l’esprit que la re´silience du secteur agricole aux variations de prix est avant tout une question de de´veloppement et de diversification e´conomique. Cette re´flexion, qui touche aux proble´matiques du de´veloppement, et de la coordination, devra donc e^tre porte´e a` l’attention du G20, mais doit e´galement s’inscrire dans les accords attendus a` l’OMC.
1 Pour lire la note dans son intégralité sur le site du Centre d’Analyse Stratégique : http://www.strategie.gouv.fr/content/note-d%E2%80%99analyse-207-volatilite-des-prix-des-matieres-premieres-volet-2-janvier-2011