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Vers une sécurité alimentaire durable
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)
Malgré des ressources agricoles abondantes et un potentiel de développement important, l’Afrique sub-saharienne constitue toujours l’une des régions les plus touchées par la faim. Comme le rappelle le rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), intitulé « Vers une sécurité alimentaire durable »1, cette situation résulte d’une conjonction de facteurs multiples : déséquilibres de la production locale, faiblesse de l’accès physique et économique à la nourriture, conditions climatiques erratiques, volatilité des prix agricoles, conflits ou encore mauvais choix politiques, avec des Etats et des institutions internationales qui ont longtemps négligé, voire entravé, le développement du secteur agricole de ces pays. Nous vous recommandons la lecture de ce rapport, dont nous publions ici un extrait, car il a le mérite de rappeler que l’agriculture constitue le moteur de la croissance et du développement économique et social du continent et que seule une approche active et globale pourra permettre d’améliorer durablement la sécurité alimentaire.
La rédaction de momagri
Trop longtemps, le visage de l’Afrique Subsaharienne a été celui d’une faim déshumanisante. Plus d’un habitant sur quatre est sous-alimenté et l’insécurité alimentaire, c’est-à-dire l’incapacité des populations de satisfaire systématiquement leurs besoins nutritionnels et calorifiques afin de mener une vie saine et active, est omniprésente. Le spectre de la famine, qui a quasiment disparu de tous les autres continents, continue à hanter certaines régions de l’Afrique subsaharienne. Les famines font les grands titres des journaux mais, pour des millions d’Africains, l’insécurité alimentaire et la malnutrition chroniques constituent des fléaux quotidiens, plus insidieux et souvent passés sous silence.
Pourtant, l’Afrique subsaharienne dispose de grandes superficies de terres arables, d’abondantes ressources en eau et d’un climat globalement favorable aux cultures vivrières. De plus, au cours des dix dernières années, de nombreux pays de cette région ont affiché des taux de croissance économique sans précédent et ont réalisé des progrès substantiels en matière de développement humain, tels que mesurés par l’Indice de développement humain (IDH) qui reflète des avancées notoires dans les domaines de la santé, de l’éducation et des revenus. Avec des ressources aussi importantes et des performances économiques et sociales aussi marquantes, pourquoi l’Afrique subsaharienne connaît-elle encore l’insécurité alimentaire ? […]
Des gains durables de productivité agricole et une amélioration de la nutrition constituent les moteurs d’une croissance et d’un développement humain favorables à la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne. L’argument est simple : une agriculture plus productive est à même d’améliorer la sécurité alimentaire – les denrées disponibles en plus grandes quantités et à moindre coût étant plus facilement accessibles. Les gains de productivité sont également susceptibles d’augmenter les revenus de millions de petits agriculteurs, d’améliorer leur niveau de vie, d’exercer un effet positif sur leur santé et leur éducation, d’où un élargissement du champ de leurs capacités. Grâce à la science, à la technologie et à la diffusion d’approches novatrices, une progression de la productivité agricole peut en outre contribuer à une meilleure protection de l’environnement. Une alimentation de qualité assure le lien entre la sécurité alimentaire et le développement humain. Des populations bien nourries sont plus à même d’exercer leurs libertés et leurs capacités dans différents domaines, ce qui est l’essence même du développement humain ; elles sont aussi mieux en mesure d’exiger de leurs dirigeants qu’ils assurent leur sécurité alimentaire.
L’approche classique du développement humain met l’accent sur les droits et les capacités. La sécurité alimentaire doit donc être utilisée comme un levier permettant aux populations de faire leurs propres choix et de renforcer leur résilience face aux chocs. Cela suppose d’assurer le droit des populations à l’alimentation, lequel repose sur un revenu, des structures commerciales, des règles institutionnelles et une gouvernance qui permettent aux personnes pauvres d’acheter et de vendre des denrées alimentaires sur des marchés équitables à des prix justes. Cela nécessite également le renforcement des capacités humaines essentielles en matière de santé et d’éducation.
Le fait de centrer les politiques sur ces quatre domaines (productivité agricole, nutrition, résilience et autonomisation) peut générer un cercle vertueux et dynamique de sécurité alimentaire et de développement humain.[…]
L’Afrique subsaharienne dispose d’abondantes ressources agricoles et, globalement, ne manque pas de nourriture. L’offre de produits alimentaires issue de l’agriculture et des importations a augmenté régulièrement et devrait, en principe, suffire à satisfaire les besoins de base des populations.
Malheureusement, sur l’ensemble du continent, des millions de personnes continuent à souffrir de la faim et de la malnutrition. Cette situation résulte de déséquilibres flagrants au niveau de la production locale et de la distribution des vivres, ainsi que de régimes alimentaires chroniquement déficients notamment au niveau des ménages les plus pauvres. La chaîne de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (disponibilité - accès - utilisation) est soumise à une tension constante dans cette partie du monde exposée à des conditions climatologiques erratiques, à la volatilité des prix alimentaires, aux conflits et à la violence. La productivité agricole demeure faible, bien plus que dans d’autres régions. La plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont des importateurs nets de produits alimentaires et beaucoup dépendent de l’aide alimentaire lors des crises humanitaires devenues trop fréquentes. Même quand des vivres sont disponibles, des millions de personnes n’ont pas les ressources suffisantes pour s’en procurer ou n’ont pas la possibilité d’en acheter ou d’en vendre en raison du faible développement des marchés, de la mauvaise qualité des routes, des longues distances et des coûts élevés du transport.
Les mauvais choix politiques, la faiblesse des institutions et le dysfonctionnement des marchés sont à la base de l’insécurité alimentaire en Afrique subsaharienne. Ce lourd héritage affecte en particulier les ménages et les communautés où l’inégalité des relations de pouvoir piège les groupes vulnérables (petits agriculteurs, personnes pauvres ne possédant pas de terres, femmes et enfants) dans un cercle vicieux de dénuement, d’insécurité alimentaire et de faible développement humain.
Pendant des décennies, les politiques des gouvernements et des institutions internationales ont favorisé les populations urbaines au détriment du développement rural et agricole. Il en a notamment résulté des plans d’industrialisation postcoloniaux ambitieux, qui ont épuisé les ressources devant contribuer au développement et ont négligé l’agriculture. Les programmes d’ajustement structurel visant à combler les déficits budgétaires ont en fait généré de profonds déficits en matière de développement humain, notamment au sein des populations pauvres et vulnérables. En outre, l’allocation des ressources nationales et de l’aide étrangère s’est faite au détriment de l’agriculture et la nutrition.
Malgré les améliorations observées depuis le milieu des années 1990, de nombreux gouvernements africains continuent d’imposer aux marchés agricoles domestiques des taxes arbitraires élevées tout en octroyant à d’autres secteurs des subventions, des mesures incitatives et d’autres formes d’appui économique. […]
Pour rompre avec le passé, il faudra des citoyens déterminés et courageux et des dirigeants engagés. Il est d’autant plus urgent de prendre ces mesures que de nouvelles menaces commencent à peser sur la soutenabilité des systèmes agricoles africains. L’évolution démographique, la pression sur l’environnement et le changement climatique mondial et local sont en train de modifier en profondeur les possibilités de développement de la région.
1 http://www.undp.org/content/undp/fr/home/librarypage/hdr/africa-human-development-report-2012/
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