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Édito |
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« Opérer une véritable révolution intellectuelle
par rapport à l’agriculture»
Jean-François Copé,
Président du Groupe UMP à l’Assemblée nationale |
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Suite aux assises de l’UMP sur les défis de la sécurité et de l’indépendance alimentaires le 21 janvier dernier, au cours desquelles les idées de momagri ont été présentées comme le projet de référence, la notion de gouvernance mondiale de l’agriculture a fait son chemin parmi les parlementaires français.
Une nouvelle étape a récemment été franchie, lors de la rencontre des groupes parlementaires des partis membres du PPE des 27 Etats membres de l’Union européenne (« dits Club des 27 »), le 28 avril dernier. A cette occasion en effet, le discours de clôture du président du groupe UMP à l’Assemblée nationale Jean-François Copé, prononcé au cours des Assises du 21 janvier et présentant une vision ferme et engagée pour la défense de l’agriculture et de l’alimentation, a été distribué.
Ce discours mérite d’être souligné, car il témoigne de la prise de conscience par certains décideurs politiques de l’importance des enjeux liés à l’agriculture, comme cela a pu être souligné à propos de la dernière interview de Nicolas Sarkozy publiée dans la France agricole et Agrapresse le 30 avril, et dont momagri a publié des extraits. Mais au-delà de cette prise de conscience politique, le discours de Jean-François Copé a le mérite de s’engager en faveur d’une vraie politique de régulation de l’agriculture, dont les outils et instruments sont directement inspirés des préconisations de momagri. C’est ces quelques extraits dont nous vous proposons la lecture.
La rédaction de momagri
Morceaux choisis du discours de clôture de M. Jean-François Copé, Président du Groupe UMP à l’Assemblée nationale, lors des Assises de l’UMP le 21 janvier 2010 sur « les grands défis de la sécurité et de l’indépendance alimentaires » (discours distribué le 28 avril 2010 dans le dossier du Club des 27)
(…) Je crois qu’une des priorités pour relever les défis de l’alimentation, c’est d’opérer dans les pays industrialisés une véritable révolution intellectuelle par rapport à l’agriculture.
Dans un pays où 77% de la population vit en ville, beaucoup de Français considèrent la ruralité comme une part de notre passé. Avec un brin de nostalgie.
Ils sont conscients qu’au cours des siècles, l’agriculture a façonné la France. Ses paysages, ses mentalités… Ils éprouvent évidemment une certaine fierté pour ce passé mais ils finissent presque par classer l’agriculture dans les rayons « histoire » de leurs bibliothèques.
Ils ont le sentiment trompeur que sa contribution est devenue marginale. Il faut dire que les évolutions profondes de notre pays peuvent renforcer ce sentiment : en 1900, 40% de la population active travaillait dans l’agriculture, aujourd’hui, c’est 4%.
Pourtant, on ne peut pas qualifier l’importance d’un secteur au pourcentage de salariés concernés.
D’abord, il faut prendre en considération tous les emplois induits, liés aux filières voisines. Si l’on prend l’ensemble des branches de la filière agroalimentaire en France, c’est près d’un million et demi de personnes, plus de 6% de la population active, 3,5% du PIB (chiffres 2007).
Mais surtout, il faut prendre en considération le caractère hautement stratégique de l’alimentation ! L’agriculture, ce n’est pas une activité comme une autre. C’est un atout géostratégique essentiel pour la France et pour l’Europe. On n'en parle beaucoup moins mais, à mes yeux, cette question est aussi vitale que l'indépendance énergétique du continent.
Les Européens doivent comprendre que l’agriculture n’appartient pas au passé mais qu’elle est une part essentielle de notre avenir !
En France, nous avons beaucoup parlé de dépenses d’avenir ces derniers temps. Nous avons parlé enseignement supérieur et recherche, nanotechnologies et ré-industrialisation… Nous devons désormais considérer l’agriculture comme une dépense d’avenir ! Un investissement pour les générations à venir. Un élément essentiel du développement durable et de la nouvelle croissance. (…)
Alors quels fondements pour une sécurité alimentaire européenne ? Quelle agriculture voulons-nous pour relever le défi de la faim tout en préservant la planète et pour assurer la sécurité et l'indépendance alimentaires de l'Europe ?
1. D'abord, il faut une politique agricole commune ambitieuse et modernisée
En France, c'est un point de vue qui fait presque l’unanimité. Reconnaissons qu’il n'est pas partagé par tous nos partenaires européens. Ils considèrent que la PAC est d’abord un moyen pour les pays agricoles de se goinfrer en subventions… Nous avons du travail à faire pour changer les mentalités !
Voilà pourquoi la réforme de la PAC de 2013 se prépare aujourd’hui. Nous devons arriver à convaincre nos partenaires qu'en défendant la PAC, nous ne défendons pas notre intérêt de pays agricole : nous défendons leurs intérêts de consommateurs! La PAC, c’est 100 euros par Européen et par an. Nous devons arriver à faire comprendre que 100 euros par an, moins de 30 centimes par jour, ce n’est pas de l’eau versé dans un tonneau troué, c'est le prix de la sécurité, de la diversité et de la qualité de notre alimentation ! (…)
Nous aurons sûrement des efforts à faire pour porter les financements là où ils sont justes et nécessaires. Il y aura des rééquilibrages et c’est bien normal. Mais il est hors de question que nous bradions la PAC !
Dans un monde où l'alimentation peut devenir source de conflits, rester une puissance agricole n'est pas un luxe... Nous devons affermir et moderniser le principe fondateur de la PAC: la préférence communautaire.
Il ne s'agit pas de faire de l'Europe une forteresse mais je considère que nous avons le devoir de protéger le marché européen des variations brutales des cours mondiaux et des importations à bas prix qui ne respectent aucune contrainte sanitaire, social et environnementale. (…)
Cela ne veut pas dire que nous devons nous replier sur nous-mêmes et ignorer les contraintes des autres pays du monde, particulièrement des régions les moins développées.
2. La seconde exigence est en effet de mettre en place de nouveaux outils de régulation à l'échelle mondiale !
Plutôt que de miser sur la concurrence sans limites, il est temps d’inventer une gouvernance agricole des grandes régions mondiales.
J’ai été très intéressé par les propositions de l’atelier qui a travaillé sur ces questions. Elles rejoignent en partie mes propres convictions lorsqu’il s’agit de créer une organisation mondiale de l’agriculture.
Cette organisation prendrait en charge les grandes orientations régionales, la gestion des stocks et superviserait la fixation pour chaque grande région agricole de prix d’équilibre, qui pourrait fluctuer dans une fourchette variable, comme au bon vieux du temps du serpent monétaire européen…
Pour tout vous dire, dans cette logique de gouvernance mondiale, je suis persuadé qu’à terme, pour faire face aux grands défis du 21ème siècle, nous devrons fusionner le G20 et le conseil de sécurité afin de créer un conseil de gouvernance mondial, qui traiterait aussi bien des problématiques de sécurité, d’environnement, de santé… La sécurité alimentaire serait bien entendu au rang de ses priorités.
Les marchés agricoles mondiaux doivent substituer la notion de coopération et de partenariat à celle de concurrence aveugle. Ce partenariat devrait reposer sur deux impératifs incontournables :
- la justice: chaque grande région doit être capable de se nourrir et d'exporter, sans menacer les agricultures des autres ensembles ;
- l’environnement : le respect de la planète ne peut plus être une clause accessoire !
Notamment parce qu'elle a des liens très forts avec de nombreux pays africains, la France doit montrer l'exemple sur le plan de la coopération internationale, avec les pays les plus fragiles. Pour l’instant, nous avons trop tendance à dépêcher les secours d’urgence quand il y a une crise alimentaire. Le mieux ne serait-il pas d’aider davantage nos partenaires à faire durablement face aux situations de famine ? Pour cela, il faut qu’ils puissent assurer leur subsistance alimentaire par leurs propres moyens.
Les efforts dans l’aide au développement doivent se porter en priorité sur le volet agricole. Nous devons accompagner la création de filières agricoles intégrées dans les pays les moins développés et accélérer les transferts de technologie vers les agricultures les moins productives.
Ne nous voilons pas la face, c’est aussi une manière de contribuer à une meilleure maîtrise des flux migratoires internationaux ! Si nous voulons que les populations locales se fixent sur leur territoire, il faut au moins qu’elles puissent manger et boire. La faim est un des meilleurs alliés de l’immigration clandestine… Pas forcément entre le Sud et le Nord mais entre les pays du Sud eux-mêmes, avec des risques de déstabilisation dramatiques pour les régimes les plus fragiles !
3. Enfin, à l’échelle française, il faut continuer d’investir et de moderniser notre agriculture !
Nous ne pouvons pas uniquement reporter les problèmes sur Bruxelles ou sur la gouvernance mondiale. Il y a aussi des leviers qui dépendent d’une volonté nationale.
En France, dans nos régions, il faut encore et sans cesse poursuivre l’effort de modernisation de notre agriculture.
A travers le projet de loi de modernisation agricole, nous allons donner un signal fort ! Il est possible d’agir concrètement pour améliorer la situation de nos agriculteurs et pour rééquilibrer les relations entre les différents acteurs au sein des filières agricoles, notamment
- en systématisant les contrats écrits, précisant les volumes échangés et les prix sur des durées longues,
- en améliorant les instruments de couverture des risques, qui protègent les producteurs contre les aléas du marché,
- en développant des politiques publiques de l’alimentation, qui donne la part belle aux productions agricoles locales
- en protégeant mieux les terres agricoles contre les spéculations immobilières pour ne pas sacrifier l’avenir de notre alimentation aux caprices du présent !
A travers ces assises, les députés de la majorité ont montré combien ils étaient engagés pour une politique alimentaire ambitieuse, à l’échelle nationale, européenne et mondiale.
Au cœur d’une crise agricole particulièrement violente et douloureuse, nous avons voulu montrer que nous refusions la résignation ! Non, nous refusons le déclin du secteur agricole français et européen.
Pour nous, l’agriculture, c’est un segment à haute valeur ajoutée. C’est une source d’innovation. C’est un gisement d'emploi !
Nous sommes donc mobilisés à 100% pour que la France tire le meilleur parti de son atout agricole, tout en assumant pleinement son rôle dans la lutte contre la faim dans le monde. |
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