Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

La Volatilité des prix agricoles, ou l’effet « Kangourou »


La rédaction du MOMA



Le modèle MOMAGRI montre une forte volatilité des prix tant à l’horizon 2010 que 2050, contredisant l’idée reçue selon laquelle les prix resteront désormais élevés et stables.

Les prix des matières premières agricoles ont fortement augmenté en 2007 (notamment les céréales et produits laitiers). Les causes habituellement avancées sont les accidents climatiques et une demande mondiale accrue. Les prix vont donc rester élevés ! Voila ce que disent certains responsables politiques, (par exemple Mariann Fischer Boel dans son bilan de santé de la PAC), et ce qu’espère le monde agricole lui-même. Or, comme le démontre le modèle MOMAGRI, rien ne dit que les prix agricoles resteront stables à un niveau élevé. Au contraire, la seule certitude, c’est la volatilité des prix agricoles. Elle se traduira par des bonds erratiques, dans des proportions considérables : de 1 à 3 pour les céréales ; de 1 à 5 pour le sucre. C’est « l’effet Kangourou ». En matière de volatilité demain ne sera pas meilleur. Pourquoi ?

1) Beaucoup pensent que c’est la demande qui conduit l’évolution des marchés.

Or c’est l’offre qui est le facteur le plus déterminant et le plus sensible. Tous les agriculteurs du monde décident de leur production à venir en fonction des prix en vigueur au moment de leur décision, mais ils ne disposent pas de toutes les informations dont ils auraient besoin à l’horizon de leur cycle de production. Leurs choix peuvent donc être démentis par les faits. C’est la différence fondamentale avec le monde industriel qui ajuste instantanément sa production à la demande. Chaque année va donc apparaître un excès ou une insuffisance de l’offre par rapport à une demande qui évolue, elle, de manière prévisible. C’est ce phénomène que le modèle MOMAGRI prend en compte pour la première fois.

2) D’autres facteurs plus conjoncturels vont agir comme des facteurs d’atténuation et d’amplification de la volatilité intrinsèque des prix agricoles ;

les aléas climatiques ou la mobilisation de capacités de production inutilisées : en fonction du niveau des prix, les terres cultivées pourront se multiplier.

3) Enfin, l’interconnexion des marchés, du fait de la financiarisation de l’agriculture et de la spéculation agissent également dans le sens d’une accentuation de la volatilité des prix.

Ainsi les fonds d’investissements arbitreront de plus en plus entre l’immobilier, l’agriculture, les nouvelles technologies et l’énergie. La crise des subprimes a déjà touché les marchés agricoles.
Des écarts de quelques pourcents entre l’offre et la demande se sont toujours traduits par des variations de prix très importantes. Qu’on en juge : en 2007 ont été produits 603 MT de blé et consommés 617 MT.
L’écart ne représente que 2 % alors que les prix ont doublé.
Il est impossible que demain les prix se stabilisent par un coup de baguette magique.
C’est ce que prédisait le modèle économique de la Banque mondiale, en considérant que l’offre s’ajustait automatiquement à la demande, c’est-à-dire que l’homme mangerait plus ou moins en fonction du niveau des prix. Les résultats du modèle MOMAGRI apportent un nouvel éclairage : ils invitent à orienter autrement les choix politiques et les négociations internationales.
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Paris, le vendredi 24 mai 2013