Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

Tous les pays européens ont besoin de mécanismes de régulation pour soutenir leur agriculture



La rédaction de momagri


Alors que les négociations sur la réforme de la « PAC après 2013 » continuent de se mettre en place (les discussions sur les perspectives financières de l'UE à compter du 1er janvier 2014 débuteront durant le second semestre 2010 sous présidence belge), les pays réaffirment leurs positions, sans que le camp des anti-PAC ou celui des pro-régulation s’en trouvent notablement modifiés. Lors de la dernière réunion informelle du Conseil des ministres de l’Agriculture, qui s’est tenue à Mérida (Espagne) le 1er juin 2010, Londres a ainsi confirmé qu’elle restait fermement engagée en faveur d'une réforme radicale de la PAC, pour « alléger le fardeau de la régulation », d’après les termes mêmes de la ministre britannique de l’Agriculture, Caroline Spelman1. L’objectif du Royaume-Uni a toujours été clair : réduire les dépenses liées à la PAC. Dans cette démarche, les Britanniques sont soutenus par les pays nordiques comme la Suède ou le Danemark.

Mais une récente étude de la Wageningen University (Pays-Bas), publiée début juin 2010, apporte des arguments nouveaux qui remettent en cause le bien-fondé de leur stratégie2. Intitulée « Viabilité financière des exploitations agricoles dans l’Union européenne », l’étude analyse l’impact d’une suppression des aides directes découplées (soit près de 60% des subventions allouées dans le cadre de la PAC) sur le revenu des exploitations agricoles de l’Union des 25. Les résultats sont surprenants :
    1. Les pays les plus affectés par la suppression des aides directes découplées sont le Danemark, la Suède et le Royaume-Uni, ceux-là mêmes qui militent pour le démantèlement de la PAC : respectivement 29%, 29,2% et 43% des exploitations agricoles de ces pays auraient un revenu négatif après suppression des aides directes découplées, et seraient confrontées à de grandes difficultés financières menaçant la pérennité de l’exploitation ;

    2. Près de 65% des exploitations agricoles de l’Europe des 25 garderaient un revenu global positif, mais ce revenu serait inférieur au coût d’opportunité : les revenus générés par l’activité agricoles seraient suffisants pour assurer la survie de l’exploitation, mais la rémunération du travail de l’agriculteur serait inférieure à celle à laquelle il pourrait prétendre dans d’autres activités économiques (dans l’hypothèse où le marché de l’emploi peut les absorber en totalité). Seulement moins de 20% des exploitations des généreraient un revenu positif supérieur au coût d’opportunité.
En se plaçant dans l’hypothèse où la sécurité alimentaire serait un objectif secondaire, où l’agriculture ne serait pas un impératif stratégique, certains analystes pourraient conclure que l’agriculture n’a plus d’avenir. Mais ce que montre vraiment cette étude, c’est que le métier d’agriculteur a besoin d’une autre forme d’intervention publique qui ne se fonde pas sur des aides découplées. Si les revenus des agriculteurs, déjà fragiles et très fluctuants, ne tiennent plus compte des réalités économiques, la suppression de toute aide, hypothèse centrale de cette étude, risque d’en faire disparaitre une grande majorité. C’est donc une démonstration que le système de paiement unique, non couplé à la production, est un vrai danger, puisqu’en « manipulant » le niveau de ces paiements on peut condamner des agriculteurs déjà très fragilisés : de la dépendance à la disparition, il n’y a qu’un pas.

Mais si l’on reconnait l’importance stratégique de la sécurité alimentaire, dans un monde de plus en plus instable et interconnecté, et que l’agriculture est en conséquence un secteur à préserver à tout prix, alors le Royaume-Uni et les pays qui soutiennent sa position dans les négociations sur la réforme de la PAC ont tort. Car l’agriculture européenne, et EN PREMIER LIEU la leur, comme le montre l’étude, serait dangereusement menacée par la suppression des soutiens publics actuels, alors même qu’ils ne constituent pas la meilleure forme de politique publique.

L’étude de la Wageningen University a, en outre, le mérite de montrer qu’il y a plus de convergence entre les différentes agricultures européennes qu’il n’y parait : tous les pays de l’Union européenne ont besoin de mécanismes de régulation et de soutien pour que les exploitations agricoles puissent vivre de leur activité.

Si certains pensent encore que la PAC actuelle est coûteuse, ce montant est à relativiser : d’une part, il ne représente que 0,35% du PIB de l’Union européenne3, et d’autre part, il est très probable qu’il est largement inférieur au coût de gestion d’une crise agricole et alimentaire, qui ne manquera pas de survenir si les marchés sont dérégulés. Sans compter tout ce que la PAC permet de préserver : une agriculture saine pour une alimentation de qualité, l’équilibre social, des espaces ruraux vivants et dynamiques, etc.

1 Cf. momagri, « Londres garde le même cap libéral en ce qui concerne la PAC », 7 juin 2010
2 http://www.lei.dlo.nl/publicaties/PDF/2010/2010-011.pdf
3 Soit 31 centimes d’euros (au maximum) par habitant de l’Union européenne et par jour, sur la base de 57 milliards d’euros en crédits d’engagements pour la PAC 2010 divisés par les 491 millions d’habitants de l’Union européenne des 27 et par 365 jours. En se fondant sur les paiements on aurait un chiffre inférieur.
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Paris, le samedi 25 mai 2013