Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Achats de terre dans le monde :
vers une gouvernance mondiale ?

7 Mai 2012


Le 27 avril dernier, un groupe de chercheurs appartenant, entres autres, au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), a mis en ligne une Matrice des transactions foncières (Land Matrix)1 dont l’objectif est de recenser les acquisitions et locations de terres agricoles par des acteurs étrangers dans le monde entier.

Il existe à l’heure actuelle très peu de données précises sur ce phénomène qui s’est développé de manière exponentielle depuis les années 2000. En septembre 2011, un rapport d’Oxfam avait ainsi évoqué un chiffre de 227 millions d'hectares de terres agricoles louées ou achetées depuis 20012, soit l’équivalent de plus de 4 fois la surface du territoire français.

Comme nous le soulignions récemment3, ce phénomène suscite de nombreuses inquiétudes quant à ses effets sur la sécurité alimentaire mondiale. S’il est difficile, faute de données précises, de mesurer son impact de façon exacte, la Banque mondiale et la FAO soulignent la nécessité de réguler leur développement, par l’instauration d’une gouvernance appropriée.

Jusqu’à une période récente, la question d’une gouvernance mondiale des marchés agricoles était la grande absente du cycle de Doha, suivant une logique de libéralisation non régulée du commerce agricole à l’échelle internationale. Dix ans plus tard, les discussions piétinent et les décideurs remettent de plus en plus en cause les bénéfices à atteindre d’une conclusion de ce cycle. En tout état de cause, le problème des achats de terres n’entre pas dans le mandat de l’OMC.

Face à cette impasse, la communauté internationale cherche aujourd’hui à instaurer des gouvernances « partielles » visant à réguler, voire réglementer, certaines pratiques potentiellement déstabilisatrices pour la sécurité alimentaire mondiale, comme les achats de terres ou encore la spéculation sur les marchés agricoles. Ainsi, au cours du mois de mai, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale4 doit adopter des « directives volontaires » sur la gouvernance des transactions agricoles.

Mais, plutôt que d’aborder l’agriculture de façon segmentée, il serait sans doute plus opportun d’élargir le débat sur sa gouvernance, afin qu’elle intègre tous les sujets qui lui sont directement ou indirectement liés. En effet, la scène agricole internationale est aujourd’hui éclatée en une myriade d’institutions internationales spécialisées sur une dimension clé de l’agriculture : la FAO ou le PAM pour la sécurité alimentaire, la Banque mondiale ou le PNUD pour le développement, le PNUE pour l’environnement, l’OMC pour le commerce, le FMI pour la stabilisation financière…

Autant d’institutions qu’il serait légitime de rassembler au sein d’une Organisation mondiale de l’agriculture, afin de statuer de façon cohérente et concertée sur les grands enjeux agricoles mondiaux.

1 http://landportal.info/fr/node/10290
2 http://farmlandgrab.org/post/view/19762
3 Cf. Fiche Chiffre-clé « Depuis 2001, les achats stratégiques de terres agricoles représentent près de 15% des surfaces cultivées dans le monde », http://momagri.fr/FR/chiffres-cles-de-l-agriculture/Depuis-2001-les-achats-strategiques-de-terres-agricoles-representent-pres-de-15%25-des-surfaces-cultivees-dans-le-monde_1071.html
4 Organisme intergouvernemental au sein du système des Nations Unies chargé de l’examen et du suivi des politiques relatives à la sécurité alimentaire mondiale

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Paris, le jeudi 23 mai 2013