Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Le « Weather Market » : quand les spéculateurs jouent avec la météo

02 Mai 2011


Le « Weather Market » est une expression anglo-saxonne qui redevient à la mode depuis quelques semaines après l’épisode de la sécheresse en Russie durant l’été 2010. Signifiant littéralement « le marché du climat », il désigne les marchés pour lesquels la variable climatique joue un rôle clé, et en conséquence, sur lesquels les acteurs financiers prennent leurs décisions de placement en fonction notamment, des prévisions météorologiques et des aléas climatiques.

Aujourd’hui, c’est en Europe et aux Etats-Unis que les inquiétudes se focalisent. La sécheresse et le manque d’eau qui touchent le nord et l’ouest du continent européen font craindre pour la prochaine récolte céréalière, et aux Etats-Unis, alors que de fortes pluies s’abattent dans plusieurs Etats, le prix du blé américain a récemment grimpé à son plus haut niveau depuis sept semaines. Face à ces récents aléas climatiques, les prévisions de rendement ont ainsi été revues à la baisse : beaucoup prévoient un nouvel amenuisement du niveau des stocks mondiaux.

Si les informations relatives aux aléas climatiques ont toujours constitué une donnée cruciale dans les prises de décision des différents acteurs, qu’il s’agisse des agriculteurs, des coopératives, des investisseurs, voire même des Etats, la nouvelle question qui se pose désormais est la suivante : quel est l’impact du traitement de ces informations par les acteurs concernés sur les niveaux de prix constatés dans un contexte de financiarisation accrue des marchés agricoles ?

En effet, la période récente nous montre que l’ampleur de la volatilité n’est plus simplement due à des déséquilibres sur les marchés physiques d’origine naturelle, mais aux positions prises par les acteurs en réaction à ces informations. Quand en 2010, le Président russe Dmitri Medvedev a annoncé l’instauration d’un embargo sur la vente de céréales après la grande vague de sécheresse qui a détruit une partie des récoltes nationales, les marchés se sont immédiatement emballés, les cours grimpant de presque 30%. Cela, sans pour autant que les fondamentaux physiques en terme d’offre et de demande n’en aient été réellement modifiés.

N’en déplaisent à certains, les marchés agricoles ne sont pas soumis à une règle d’or intangible comme on en connaît en physique, selon laquelle la volatilité observée des prix des matières premières agricoles fluctuerait autour d’une tendance à la hausse, et ne serait due qu’à la survenance d’aléas naturels et climatiques. Les prévisions seraient surement plus simples mais les faits sont là pour nous le rappeler : les marchés agricoles sont devenus des marchés d’anticipation complexe dont la volatilité des prix, structurelle, est la résultante de la conjonction de risques divers et non mutualisables.

Il est donc primordial d’améliorer la fluidité de l’information sur ces marchés et de mettre en place les mécanismes de régulation adéquats pour éviter de nouvelles variations excessives de prix dont les effets pourraient être dévastateurs.
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Paris, le mercredi 19 juin 2013