Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Tribune


Crise financière et crise alimentaire : aux mêmes maux les mêmes remèdes ?



Bastien Gibert,
conseiller de momagri



Le constat est clair et sans appel : au début de l’année 2010, plus d’un milliard d’hommes souffrent de la faim dans le monde et un américain sur six souffre d’insécurité alimentaire.

Qui aurait pu imaginer en 1990 que l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde ne serait non seulement pas atteint, mais qu’il augmenterait ?

Et plus encore, qui aurait pu dire que les Etats-Unis, qui ont alloués plus de 59 milliards d’euros en 2009 pour les seuls programmes d’aide alimentaire interne, se retrouveraient également dans une telle situation ?

Si ces chiffres étonnent, ils restent toutefois mésestimés par la plupart des pays développés qui considèrent que le spectre de la faim ne les concerne plus et qu’il appartient au passé.

Or, les faits sont aujourd’hui les suivants :

    - L’insécurité alimentaire se répand partout dans le monde et plus aucune région du monde n’est à l’abri ;
    - Les plans d’aide d’urgence décidés par les Institutions internationales sont incapables d’endiguer la montée structurelle de l’insécurité alimentaire ;
Critique, la période actuelle l’est certainement. Mais elle offre également une opportunité unique de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre dans la mesure où trois crises majeures et mondiales se sont déroulées en moins de trois ans.

Si les facteurs déclencheurs de chacune des trois crises sont radicalement différents, des symptômes communs peuvent en effet être dégagés, riches d’enseignements pour le futur.

Tout comme la crise financière, la crise alimentaire qui a secoué les pays pauvres en 2008 trouve son origine dans un problème de prix de marché qui sont :
    - dans bien des cas inférieurs aux coûts de production réels ;
    - déconnectés des fondamentaux physiques d’offre et de demande, favorisant l’afflux de spéculateurs par ailleurs stimulés par la dérégulation progressive et le démantèlement des mécanismes d’intervention ;
    - en conséquence des deux points précédents, hypervolatils.
Nous retrouvons là un cercle vicieux similaire à celui des subprimes qui a précipité les marchés américain et mondiaux dans la tourmente. Dès lors, une question se pose : quand la crise agricole et alimentaire va-t-elle éclater ?

Nous vivons aujourd’hui dans une économie-monde dans laquelle les initiatives isolées ne peuvent plus changer à elles seules la donne. Tout comme le plan de relance américain aurait été insuffisant pour sauver seul l’économie américaine suite à la crise financière, il en est de même pour la crise agricole et alimentaire.

Aux mêmes maux, les mêmes remèdes. L’insécurité alimentaire mondiale ne pourra être éradiquée qu’en s’attaquant à la racine du problème : la volatilité non contrôlée des prix agricoles sur les marchés internationaux. Aussi, tout comme le dernier Sommet du G20 s’est traduit par l’instauration d’un plan de relance massif de l’économie autour de mesures de régulation des marchés financiers, il est urgent que le prochain Sommet du G20 se focalise sur la crise agricole et alimentaire mondiale.

Trois questions majeures devraient alors être traitées en priorité :
    - Quels principes de régulation instaurer pour encadrer les mouvements erratiques des prix agricoles ?
    - Quels principes de gouvernance communs adopter pour optimiser le fonctionnement des marchés ?
    - De quels instruments d’évaluation faut-il se doter pour mieux apprécier l’état de l’insécurité dans le monde et le fonctionnement des marchés agricoles et alimentaires ?

Haut de page
Paris, le dimanche 26 mai 2013